Mais en fait, WTF with New York ? (What zeu feuk)

What The Fuck 

WITH NEW YORK? - Déclaration d’amour.

Ah, New York, ville ô combien magnétique... Dès 2013, lorsque j’y ai vécu pour la première fois, la ville qui ne dort jamais a assiégé une partie de mon cœur. Depuis, j’ai beau avoir connu le charme british de Londres ou la douceur de vivre de Genève, il a fallu que j’y revienne. Pour elle, j’ai tout sacrifié : métier-passion (je suis passé des lettres aux chiffres), salaire, (connaissez-vous beaucoup de gens prêts à rayer deux dizaines de leur fiche de paie annuelle ?), et confort (passer du Tram mignon de Genève aux métros encrassés de la Grosse Pomme).

Il est donc légitime de se poser la question : WTF with New York ? (What zeu feuk). Parce qu’il faut bien se le dire, la ville de New York ne se présente pas de la même façon aux touristes qu’aux personnes qui veulent s’y installer, la garce ! Pour le touriste, elle fait la belle, gonfle la poitrine, innerve son Times Square de sa plus belle lumière, et vous regarde avec fierté, du haut de son Empire State Building. Par sa Statue de la Liberté, elle vous montre qu’en plus d’être belle, elle est tolérante et accueille depuis son inauguration en 1886 des millions d’immigrants venus peupler les Etats-Unis. Par son MoMA, musée d’Art moderne et Contemporain fondé par 3 femmes - Abby Aldrich Rockefeller, Lillie P. Bliss et Mary Quinn Sullivan – elle est féministe, progressiste et, déjà en 1920, anti-conservatrice. Par son Central Park à Manhattan ; son Prospect Park à Brooklyn, elle se révèle sauvage, naturelle. Par son Luna Park à Coney Island, ses folles décorations de Noël à Dyker Heights, ou sa patinoire iconique au Rockefeller Center, elle apparaît mutine, joueuse et festive.

Belle, fière, tolérante, féministe, progressiste, anti-conservatrice, sauvage, naturelle, mutine, joueuse, festive – qui ne tomberait pas amoureux ? Ah, la farceuse (pute, diraient les impolis), elle a vite fait de vous piétiner sans état d’âme lorsqu’il s’agit de s’y installer. Elle est comme ce barman un peu sexy qui vous aurait dragué pendant tout un service et qui, à la fin, quand vous lui laissez votre numéro dans l’addition, ne vous rappelle jamais. Je vous explique : si vous souhaitez vivre à New York parce que vous êtes tombés sous le charme de la ville, vous allez en CHIER. Et oui, il ne fallait pas être pris dans ses filets, car pour obtenir le permis de travail, le Graal des expatriés, vous allez devoir vous débattre. Et débattre. Dans mon cas, un an de négociations.

Mais le pire est à venir sur place : c’est comme si la ville était aussi hydrophobe qu’une feuille de chou kale, sauf que l’eau, c’est vous (pour prolonger l’expérience de cette métaphore : aspergez d’eau votre chou kale, et dites m’en des nouvelles). Pour s’y loger, on vous demande d’avoir un salaire annuel qui fait 40 fois le montant de votre loyer ainsi qu’un Credit Score (en gros, être un endetté qui gère ses dettes, paradoxe inhérent à la culture américaine). Clairement, quand vous êtes un petit français venu de l’étranger et qui a renoncé, rappelez-vous, à deux dizaines sur son salaire, c’est impossible. Il faut donc y aller au zèle, payer 6 mois d’avance, bref ! New York (fière, belle, etc.) vient de poser tranquillement sa tablette symbolisant la Justice et son Flambeau pour vous mettre – posément – sa première claque dans la gueule.

Rassurez-vous, la première claque ainsi déposée, fougueuse comme un baiser, la joue devient anesthésiée. Les claques s’enchaînent. À New York, on ne déjeune pas le midi – ou bien subrepticement – devant son écran. PAF. Deuxième claque. À New York, en fait, on ne vit pas à Manhattan, trop cher. On s’exile dans des lieux reculés dont l’ancien touriste que nous étions n’avait jamais entendu parler. Dans mon cas, Prospect Lefferts Garden, mais bon, je dis « PLG » avec l’accent américain pour que ça sonne branché. Je vous laisse regarder sur une carte, c’est aussi drôle que jouer à « Où est Charlie ? ». PAAF ! Troisième claque. À New York, on croit manger pour 30 balles en regardant la carte. Puis en fait non, rajoutons 8,875% de taxe (4,5% pour la ville de New York et 4,375% pour l’Etat de New York). Ça fait $33. Ah non, rajoutons 15% de tips car on a bien mangé. Ça fait $38 mais on arrondit à $40 sinon ça fait radin. PAAAF !!  Quatrième claque. À New York, on ne dort que sommairement car c’est, selon une étude sur le bruit réalisée par l’institut italien GFK Eurisko, la ville la plus bruyante du monde (camions de pompiers, trafic des hélicoptères, avions et… CLIMATISATIONS !). PAAAF !!! Cinquième claque. On y meurt de froid dans les magasins en été. Sixième claque. On y meurt de froid tout court en hiver. Septième claque. Et je m’arrête là, car 7, c’est mon chiffre porte-bonheur. (Keep reading, ci-dessous la suite).

(Suite) Et c’est dire si New York m’apporte son lot de bonheur. J’en viens à mon :

WTF

WITH NEW YORK?

Déjà, c’est cette indomptabilité qui me plaît. Il y a quelque chose qui se rapproche de l’amour dans cette attraction vers la difficulté. New York n’est pas de celles qui courbent l’échine. Elle vous toise, verticale, insurmontable. La Tamise, elle, s’est laissée approcher avec douceur. Dans son cours d’eau d’Ouest en Est, elle m’a guidé, suave, de Big Ben, au Borough Market, le Tower Bridge, Greenwich. Facile, accueillante, douce. Genève, placide, tranquille, m’a bercé de ses rayons chauds pendant l’été, fait dévaler ses montagnes l’hiver. Mais New York, elle, s’est cabrée. Puis, par à-coups, s’est courbée. Chaque jour, elle m’apprend à me surpasser. C’est comme si l’énergie qui donne vie à ses rues, ses panneaux, ses habitants effrénés s’immisçait en moi, me donnant tour à tour l’envie d’écrire, créer, entreprendre, avoir deux métiers plutôt qu’un, avoir dix vies plutôt qu’une.

New York, c’est la ville où tout le monde se mélange, les passions s’entremêlent, les communautés se fondent les unes dans les autres et donnent naissance à des genres nouveaux, des idéaux nouveaux. J’y ai croisé d’innombrables non-binaires, encore moqués à Paris. J’y ai croisé une femme, dans la rue, qui nous a demandé à mon mari et moi si on pouvait « faire un bout de chemin » ensemble. Et cette femme, pendant le chemin, s’est mise à chanter, en français, car elle adore la France. À Genève, j’en aurais ri. Ici, j’en étais ému (bon, même si j’avoue avoir réprimé un fou rire pendant les premières secondes, réflexe de l’ancien-moi judgmental). J’y ai rencontré des battants, de toutes nationalités. Une allemande croisée dans le métro arrivée il y a 5 ans pour faire carrière dans le cinéma. Une française arrivée il y a 10 ans pour apprendre l’anglais dans le domaine de la coiffure, aujourd’hui success-woman accomplie ayant acheté un magnifique appartement à Brooklyn. Une américaine chanteuse à Broadway qui, simplement parce que le courant est passé dans une visite guidée de Soho, Little Italy et Chinatown, nous a reçus comme des membres de sa famille pour Thanksgiving.

New York, en somme, ne se laisse pas facilement amadouer. Magique, elle exacerbe les personnalités. Avec elle, on devient passionné. Une fois apprivoisée, elle a tout à donner. Alors WTF with New York ? (What zeu feuk). Eh bien, sans elle, je n’écrirais pas ces mots. New York rend à ses habitants leur souffle créatif. Vibrante. Tempétueuse. Addictive.

Lucas Vaquer

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